Nanking et l'hypocrisie japonaise (南京)

Publié le par Marc-Antoine



Le 70e anniversaire du massacre de Nankin, commis par les troupes japonaises, a été marqué par la sortie de nombreux livres, photos et documentaires. Un film américain a même été projeté dans les salles chinoises.

Mes connaissances sur cela se limitaient d'une photo en noir et blanc.

à quoi bon ce film ? C'est d'apprendre aux Chinois de haïr les Japonais !

L'histoire...

L’an dernier, Nanking, un bouleversant documentaire américain sur le sac de la ville [en 1937, au début de la guerre sino-japonaise, qui a duré jusqu’en 1945], a obtenu l’autorisation d’être diffusé en Chine, preuve que le spectre de ces sinistres événements vieux de soixante-dix ans continue de hanter les relations sino-japonaises. La sortie du film en Chine, en juillet 2007, avait coïncidé avec le 70e anniversaire de l’invasion massive du pays par l’armée impériale japonaise. Le China Film Group [seul importateur de films étrangers en Chine] avait inscrit Nanking sur la liste restreinte de films étrangers autorisés à être projetés sur les écrans nationaux.
Ce documentaire en anglais sous-titré en chinois, d’une durée de quatre-vingt-dix minutes, s’intéresse à un groupe de missionnaires et d’hommes d’affaires occidentaux restés à Nankin durant les massacres et qui tentèrent de créer une zone d’asile pour des réfugiés chinois. Utilisant des extraits de leurs mémoires et journaux intimes d’origine, le film les mêle à des images d’archives datant de 1937 et à de terrifiants témoignages de rescapés.

En dépit de la réputation qui le précède – il a été réalisé par Dan Sturman et Bill Guttentag, un cinéaste récompensé par un oscar pour le documentaire You Don’t Have To Die, et a séduit la critique lors du festival Sundance aux Etats-Unis –, il risque fort de raviver les vieilles tensions nationalistes entre les deux voisins asiatiques.
Aux yeux de la Chine, le massacre – ou “viol” – de Nankin est une blessure à vif, qui n’a jamais cicatrisé.




Les Chinois sont nombreux à considérer que les Japonais ne se sont jamais vraiment repentis des atrocités commises par l’armée impériale. Bien que présenté comme l’Holocauste asiatique, le massacre reste méconnu et peu pris en considération en dehors de l’Asie.



A la fin de novembre 1937, l’armée impériale japonaise lança une offensive de grande envergure sur Nankin, nouvelle capitale de la Chine alors nationaliste. Quand la cité fortifiée tomba, le 13 décembre, les Japonais se livrèrent à une orgie de pillage, de meurtre et de viol qui dura six semaines. La ville ne fut plus qu’un immense cimetière, des dizaines de milliers d’hommes furent fauchés à la mitrailleuse, utilisés pour l’entraînement au combat à la baïonnette, brûlés ou enterrés vivants. On estime que de 20 000 à 80 000 jeunes filles et femmes furent violées, mutilées et assassinées.

Article du 13 décembre 1937 publié dans le Nichi Nichi shimbun et racontant les « exploits » des sous-lieutenants Mukai et Noda lancés dans un concours de décapitation. Arrivé au score 106 contre 105 et ne pouvant déterminer le vainqueur, le concours continua pour 150.


Même soixante-dix ans plus tard, la Chine et le Japon divergent à propos du nombre des victimes. Les historiens chinois affirment que plus de 300 000 personnes furent tuées. Lors du procès des criminels de guerre japonais à Tokyo, en 1946, il fut établi que 142 000 civils étaient morts de la main des soldats de l’empereur à Nankin. En juin 2007, un groupe de parlementaires japonais a provoqué un tollé en déclarant que, selon des documents d’archives, 20 000 personnes seulement avaient perdu la vie, et en affirmant que la Chine grossissait les chiffres à des fins de propagande. Les historiens occidentaux reconnaissent que le massacre atteignit des proportions abominables, mais ne s’étendent guère sur la chronologie des événements et leurs raisons. Dans son livre, Delivered from Evil – The Saga of World War II, Robert Leckie les résume comme suit : “Rien de ce qu’ont pu faire les nazis sous Hitler pour déshonorer leurs propres victoires ne peut rivaliser avec les atrocités perpétrées par les soldats japonais du général Iwane Matsui”, commandant en chef de l’armée impériale pour la région de Shanghai et Nankin.
Le documentaire de Guttentag et Sturman s’inspire du best-seller Le Viol de Nankin, publié en 1997 par l’auteure sino-américaine Iris Chang*. Lors de ses recherches sur la question, elle eut la surprise de découvrir que nombre de victimes avaient gardé le silence. “Je n’ai pas tardé à comprendre que ce rideau de silence était d’origine politique”, écrit-elle. Iris Chang, qui s’est suicidée en 2004, attribuait cette indifférence historique à des raisons politiques remontant à la guerre froide.




La controverse sino-japonaise est ravivée

A l’issue de la révolution communiste de 1949, ni la république populaire de Chine ni le gouvernement nationaliste en exil à Taïwan (au nom de république de Chine) n’exigèrent de réparations du Japon, car les deux gouvernements étaient en concurrence pour être reconnus par le Japon et établir des relations économiques avec Tokyo. Confrontés à la menace communiste de l’Union soviétique et de la Chine continentale, les Etats-Unis avaient conclu une alliance avec leur ancien ennemi, le Japon.

Mais, si le massacre a été peu abordé dans l’histoire du monde, il reste une question épineuse pour le Japon, car le véritable commandant en chef des opérations militaires à ­Nankin n’était pas le général Matsui, mais le prince Asaka Yasuhiko, oncle de l’empereur Hirohito. Après la guerre, la famille impériale fut exonérée de toute responsabilité pour les atrocités commises par son armée durant la guerre. Le prince Asaka ne fut jamais jugé.


Le prince Yasuhiko Asaka en 1940

C’est également à Nankin que naquit l’idée des “maisons de réconfort” – les bordels militaires de campagne de l’armée japonaise. Réagissant aux critiques des puissances occidentales au sujet des viols en série à Nankin, le haut commandement japonais envisagea de mettre en place un immense réseau de bordels où des milliers de “femmes de réconfort” satisferaient les désirs sexuels des soldats. D’après les historiens japonais, le projet aurait été lancé dans l’espoir que l’existence d’établissements officiels entraîne une diminution des viols parmi les femmes des populations occupées, limitant ainsi le risque de critiques au niveau international. Nanking, produit par Ted Leonsis, ancien vice-président d’AOL, a encore accru la discorde entre voisins. Comme le soulignaient les réalisateurs avant la première à Pékin, il serait
difficile de
trouver un autre événement capable, soixante-dix ans après, de susciter une telle controverse.



Pour finir, voici le trailer de ce documentaire ou vous pourez voir des images d'archives qui montrent bien les attrocités qu'ont pu subir les Chinois.



Publié dans Chine - 华夏

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article